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“I’m not gay !”

“That’s completely irrelevant.”

Ah, le shipping. Une activité de fan comme une autre, qui ne blesse personne et qui bénéficie d’une discrétion salutaire malgré son affichage éloquent sur la toile. Le shipping consiste à mettre en couple des personnages qui, en temps normal, ne le sont pas, mais qui pourraient parfois l’être. Par exemple, personnellement, je souhaite ardemment que dans la série « Archer », Sterling et Lana restent en couple. Pourquoi ? Putain, parce qu’après cinq saisons, j’ai droit à mon putain d’OTP, merde ! (One True Pairing). Certains Shippings sont contrariés dans le canon même ou par les choix de l’auteur. Par exemple, dans le Comics Walking Dead, je suis un fervent détracteur du couple Rick x Andréa. Je voulais que Rick soit en couple avec Michonne, ça m’aurait semblé infiniment plus logique. Dans les Simpsons, je veux que Moe et Selma deviennent un couple, et j’étais très fan du rapprochement Edna/Flanders. Autant de petites fantasmagories innocentes et plus ou moins défendables.

Les élèves asiatiques de l’école de South Park font des dessins présentant Tweek Tweak et Craig Tucker comme étant impliqués dans une relation amoureuse. Les intéressés démentent formellement, mais le progressisme ambiant admet leur couple comme réel et la ville entière s'entiche bientôt de cette relation salutaire pour la vie amoureuse du comté.

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En tant que spectateur, je suis médusé. En tant que fan, je suis émerveillé. Que les auteurs prennent ainsi à bras le corps une partie de leur auditoire qui ne regarde pas seulement la série pour les satires mais également pour les personnages, c’est une vraie preuve d’amour. Qu’ils tolèrent cette partie du fandom et y consacrent un épisode, c’est magnifique. Quand vous dessinez du Yaoi ou que vous écrivez des fanfictions, vous gardez ça plus ou moins secret « IRL », vous n’imaginez jamais qu’on va prêter attention à ce que vous faites. Mais South Park a carrément demandé à des fans de leur faire parvenir des dessins pour cet épisode. Je ne shippe pas Craig et Tweek, et je ne sais pas dessiner sur ordi (BOUHOUHOUHOUUUUU) mais j’imagine tout à fait le bonheur immense qu’ont pu ressentir ces fans précis, quand les auteurs de leur série préférée leur ont tendu la main et leur ont dit « Nous faisons attention à vous, nous savons que vous êtes là, aidez-nous pour cet épisode ». Que c’est beau quand Senpai-san a remarqué votre existence !

L’épisode ne se moque même pas d’eux, il se sert de leur art et de ce qu’il implique (Des filles trouvent des garçons mignons, elles les mettent en couple) pour le mêler au PC-isme de la saison, et transformer un banal intérêt de gamine en tempête sentimentale. Cet épisode réalise un travail au niveau des personnages qui mérite totalement qu’on s’y attarde.

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Randy est ravi, car seulement trois semaines après avoir eu un Whole Foods, la ville a déjà ses premiers enfants gays. La ville entière fait preuve d’une incroyable tolérance à l’égard de ce couple et on assiste à des scènes géniales comme celle avec les parents de Tweek, et le discours abusé de son père qui est super fier de son fils et qui décide d’être un meilleur père en…donnant de l’argent au petit. Bah oui. Quand vos parents ne savent pas exprimer leurs sentiments, ils font quoi pour vous montrer qu’ils vous aiment ? Voilà. Money-money !

Les numéros musicaux de l’épisode sont très, très réussis. Très jolis déjà, et surtout très bien placés dans l’épisode. Ils montrent clairement que les gens aiment voir d’autres gens en couple, ça leur redonne confiance en la vie, tout ça.

On assiste aussi à une intrigue Cartman avec son Cupidon-Moi. Cette intrigue est juste génialement débile, et s’insère bien dans l’épisode en cela que, alors que Craig et Tweek ne sont pas gays, Cartman, lui, a clairement un problème avec sa sexualité, mais la ville (et sa mère) est tellement occupée à soigner les apparences qu’elle n’y prête même pas attention.

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La meilleure scène de l’épisode en tous points est évidemment la fausse dispute. Voulant que cette mascarade cesse, Tweek et Craig décident de simuler une rupture devant les petites asiatiques, mais cette « rupture » prend un tournant un peu trop réel quand Tweek y va un tout petit peu trop fort. Et Craig s’en prend plein la gueule. Et c’est horrible. C’est horrible parce que la scène est traitée de manière terriblement franche. Parce que l’ambiance musicale est au taquet et que de simples notes de piano contribuent à vous vriller le cœur. Parce que grosso modo, Tweek dit à Craig qu’il ne veut pas « rompre », il ne veut pas que la solution à ce faux rapprochement soit une fausse dispute.

Et puis, c’est quelque chose de très, très vrai : Quand vous vous disputez avec votre meilleur ami, ce que vous dites, vous le pensez. Et l’autre sait que vous le pensez, parce qu’il vous connait bien. Et du coup chaque mot est un coup de poignard. Je m’en fous que ça pue le vécu, c’est vrai et vous le savez. Ce sont les mots durs des êtres chers qui blessent le plus fort.

La séance musicale qui s’ensuit est poignante. Les chansons sont génialement bien choisies sur cet épisode. La ville est triste car son couple phare est en péril. On remarquera la subtile mais réelle révélation que Madame le Maire est veuve. Comment égayer une soirée, hein.

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Craig et Tweek tentent ensuite de se rabibocher, et Craig a cette phrase merveilleuse : « I can’t be something because everyone wants me to be. I have to be myself. » Une phrase magnifiquement écrite qui peut s’appliquer parfaitement à un homosexuel dans une société « classique », victime de l’entourage qui le rejette.

J’ai volontairement oblitéré le père de Craig. Parce que son rôle dans cette histoire est génial. La ville est ravie d’avoir son couple d’enfants gays, mais Thomas Tucker, lui, est perturbé, troublé, et tout le monde s’en fout. Il se pose les questions normales d’un parent d’enfant gay de sa génération : Est-ce que c’est ma faute ? Pourquoi mon fils ? Toute cette situation s’entrechoque avec l’éducation qu’il a reçue, et c’était très bien rendu dans l’épisode. J’adore surtout le fait qu’il croyait que l’homosexualité était un choix, mais Randy l’a remis dans le droit chemin en lui révélant que les japonais décidaient de qui était gay et qui ne l’était pas. Une pirouette absurde mais réelle.

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Le progressisme prône une acceptation sans condition de l’homosexualité, mais dans l’entourage, ce n’est pas si facile, et blâmer les parents qui ont des difficultés sans chercher à comprendre leurs raisons, c’est un peu injuste, et c’est oublier que la quête de l’identité est un chemin à parcourir pour soi mais également pour les autres. Sauf les enculés qui foutent leur gamin homo à la rue juste parce qu’ils sont homos. Eux, il faut les foutre en taule.

Cela dit, le monologue du père de Craig à la fin est absolument MER-VE-ILLEUX, c’est une scène magnifique où un père ouvre son cœur à son fils, lui dit qu’il ne le comprend pas, qu’il a du mal à l’accepter, mais qu’il l’aime, alors il l’accepte. Tiens, voilà cent dollars. Education réussie. Parenting : 20/20.

Craig et Tweek se réconcilient. La ville peut recommencer à les tolérer et à en tirer de la satisfaction. Les japonais ont une nouvelle chanson à chanter en karaoké.

Cartman se fait masser par Cupidon-Moi.

Puis il se fait…

Et ensuite…

Aux toilettes…

aaaaaaaaw ! <3

Les Plus :

+ Grosse reconnaissance pour les fans

+ Construction minutieuse

+ Le père de Craig

+ Séquences musicales magnifiques

+ Le développement doux-amer du Maire McDaniels

+ L’extraordinaire exploitation des personnages

+ L’emphase sur le lien entre Craig et Tweek

+ Mélange adroit entre humour et émotion

Les moins :

- Trey Parker est un peu malade et ça s’entend sur certaines voix

- J’ai un peu moins senti la continuité que dans d’autres épisodes mais OSEF

Note / A

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