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“Lena Dunham just put a picture of her asshole on Twitter

and wants only the positive comments.”

Internet est un espace merveilleux qui permet de s’exprimer par le biais des réseaux sociaux. On se fait des amis, des followers, on accumule les personnes qui vous suivent pour X ou Y raison, le plus souvent une fascination et une curiosité plus ou moins malsaine. Mais surtout, ce qui nous pousse à nous exprimer, c’est la positivité, l’amour qu’on reçoit de ces réseaux sociaux.

Pourquoi n’y a-t-il pas de bouton « J’aime pas » sur Facebook ? Parce que ce serait la porte ouverte à la négativité. Non, sur Facebook, on aime tout. On accumule les Likes. Même un message comme « Mamie vient de mourir ce matin. Trop triste :,( » peut accumuler les Likes. Même les articles sur les catastrophes naturelles s’attirent des likes presque compuslifs. C’est comme ça.

Mais Internet est aussi un espace de critique, de haine, de négativité. Quiconque s’y montre prend le risque d’être critiqué. Ce qui est dissimulable dans la réalité ne l’est pas sur Internet, il n’y a pas d’hypocrisie, de filtre, de gens qui « parlent derrière », non, il n’y a que des collisions frontales permanentes.

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« Safe Space » est un épisode très particulier. D’abord il n’a pas réellement d’intrigue. Les saynètes se succèdent avec plus ou moins d’emphase au fur et à mesure. Il est tour à tour manichéen (Cartman et les célébrités, incapables de se regarder en face et de regarder ce qu’on pense vraiment d’elles en face) ou totalement à double-tranchant (Randy agit mal en ne voulant pas donner pour la faim dans le monde, mais le caissier cherche à le faire culpabiliser, ce qui est malsain). Au milieu de ces démonstrations comportementales, Butters.

L’intrigue Cartman est très complète, elle englobe le Fat-Shaming (Le fait de stigmatiser quelqu’un parce qu’il est gros, ce alors qu’il « faudrait » promouvoir tous les types de beauté. Sauf que c’est le plus souvent utilisé comme prétexte, cf le « Thin Privilege ». Oui parce qu’apparemment, les gens maigres sont juste trop bien nés. Yikes) et le Body-Shaming (Trop gros, trop maigre et les déclinaisons que cela implique). Cartman estime qu’il a le droit de se trouver beau et de le faire savoir sur Twitter. La réponse de Kyle au début de l’épisode pose le deal : “If he doesn’t like what people say on Twitter, he can get off”. Kyle est lucide, il sait que trop s’exposer sur Internet (un espace public, visible par tous et qui permet la réaction de tout le monde) implique du positif et/ou du négatif. Surtout, Kyle sait qui il est, il assume tout ce qu’il est, contrairement à Cartman qui est dans le déni et qui s’idéalise complètement. Cet état proche de la maladie mentale est exploré avec brio, le summum de l’épisode étant le numéro musical qui montrait, une fois de plus, le talent de Parker et Stone tant pour la composition de chansons que pour la théâtralité des mises en scène. C’était juste magique.

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Randy est dans une situation différente. Alors qu’il fait ses courses, le caissier lui propose de donner un dollar contre la faim dans le monde. Randy refuse, parce que c’est son droit, mais le caissier insiste et va jusqu’à stigmatiser Randy pour son comportement. C’est quelque chose de particulier aux Etats-Unis qu’on trouve en France sous la forme des collectes de nourritures. Un des gros problèmes de la charité c’est sa tendance à vouloir culpabiliser ses cibles pour les pousser au don. C’est évidemment ignoble, il faut le dire. Que les situations soient terribles, ok, mais culpabiliser des gens, qui se contentent de travailler et d’avoir une petite vie, à propos de catastrophes humaines certes sérieuses mais qui ne les concernent en rien, c’est à la limite du racket. Ce point de vue n’est pas politiquement correct du tout, mais c’est une vision terre-à-terre des choses. Parce que l’épisode n’est pas manichéen sur le sujet : Les spots de pub de Randy montrent que son comportement à lui aussi est méprisable : Il se pose en victime de ce « racket » alors que cette collecte est destinée à aider des miséreux qui, eux, ne peuvent pas se payer 40 dollars de nourriture par jour. (On remarque quand même que Randy doit gagner un sacré putain de paquet de pognon avec son boulot de géologue)

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Les deux intrigues se mêlent peu à peu par le biais de Butters. Mon pauvre petit Butters. Afin de résoudre le problème de Cartman, puis de Steven Seagal et de Demi Lovato, Butters est chargé d’une mission divine : Scruter les fils twitter et supprimer tous les commentaires négatifs pour ne garder que le positif. Butters représente la personne isolée devant son écran qui se prend en pleine gueule toute la négativité d’Internet. Cette noirceur est tellement forte qu’elle va le pousser peu à peu vers la folie. L’utilisation de Butters sur cet épisode est le point majeur et focal : Là où Cartman cherche à utiliser Internet à son avantage, Butters est la seule véritable victime dans toute cette histoire. Il est jeté aux lions. Il doit endosser la charge de négativité que Cartman et les célébrités génèrent par leur volonté d’être aimés pour une image sublimée au détriment de la réalité.

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La réalité, justement (Je déchire en transitions)

L’épisode choisit de faire de la réalité un personnage à part entière, une entité « mauvaise » qui veut perturber le doux refuge dans lequel Butters les immerge par son travail en leur avouant la vérité de leur apparence ou de leurs actes. Quand la Réalité essaie de s’en prendre à Butters, celui-ci devient complètement fou et… se défenestre. En tant que fan de Butters, cette scène m’a horrifié. J’étais stupéfait et j’ai crié « Oh non Butters !! », complètement abasourdi par ce que je voyais : Un jeune homme harcelé sur Internet qui, cerné par la négativité, les trolls et les brutes, en vient à mettre fin à ses jours, devenu complètement paranoïaque.

C’est peut-être le reproche qu’on peut faire à l’épisode : Il ne prend pas de position et se contente d’être une vitrine bien cynique. La sombre fin scelle cependant l’objectif de l'épisode comme clé de voûte de la saison : La Réalité tente de reprendre ses droits en montrant bien à cette bande de poseurs que leurs gesticulations ne servent qu’à conforter leurs illusions, et que la seule vraie victime dans cette histoire, c’est Butters. Mais leur réaction au final consiste alors à exécuter la Réalité.

C’est un acte fort qui aura probablement une incidence dans la suite de la saison. Nous sommes au cinquième épisode sur dix, et après cinq épisodes passés à dompter les apparences, les habitants de South Park viennent de tuer la Réalité. Supprimant ainsi, peut-être leur seule chance de revenir à la normale… mais qu’est-ce qu’un South Park « normal » ?

Les plus :

+ Satire complète

+ Continuité toujours de mise et exploitée à plein régime

+ L’utilisation de Butters

+ Sombre et cynique

Les moins :

- Construction un peu mécanique

Note / A-

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