“I’m going through changes…”

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A plus d’un titre, Big Mouth est une aberration. C’est par moments digne d’un très mauvais Seth McFarlane et c’est par moments plutôt intéressant. Les personnages ont soit du relief soit aucun. L’humour est soit subtil soit pas du tout. Ca va soit trop loin soit trop loin à un point ingérable. L’objet est certes intéressant mais il est également difficile d’approche. C’est compréhensible (et même plutôt normal) d’être rebuté par un cartoon à propos de gamins pubères qui explorent leur sexualité naissante.

Cependant il faut aussi reconnaître que le sujet est abordé de manière osée et solide. Tout d’abord je ne peux que saluer le fait que la série ne se concentre pas seulement sur la puberté masculine. C’aurait pu être le festival de la saucisse et au final, on a de très bons exemples de puberté féminine avec Jessi et Missy (bon, pour l’originalité des prénoms on repassera). Jessi se retrouve dans des situations telles que les règles, le choix du soutien-gorge, le rapport à la séduction et aux parents qui apparaissent sous leur vrai jour. L’arc de Jessi, un des éléments les plus développés et intéressants de la saison, vaut carrément les quelques heures que vous prendrez pour visionner cette série. Je peux aussi recommander de regarder en VF car la direction artistique a fait un bel effort pour conserver le ton volontairement (très) outrancier de la série, et le cast est assez bien choisi dans l’ensemble, donc c’est tout à fait regardable en Français. Missy a un arc un peu plus confus alors que sa position entre l’enfance et la puberté n’est pas moins intéressante, la série semblant hésiter à se concentrer pleinement sur elle autrement que par clichés, mais sur les derniers épisodes elle garde une certaine amplitude, et sa rupture avec Andrew est un des moments les mieux écrits de l’ensemble. Andrew me laisse un peu perplexe, c’est un personnage intéressant sur l’ensemble, un peu parasité par le Hormone Monster (j’y reviendrais) mais son arc est plutôt bien fait, même si la série semble hésiter entre lui et Nick comme personnage principal. Et Andrew a un problème sur l’ensemble de la série : Les clichés du gamin juif qui le rattrapent péniblement notamment sur l’épisode de New York. Son statut de gamin pubère lui pose des problèmes intéressants dans son rapport aux autres, notamment Missy et la façon dont il doit gérer tout ça est assez intéressante. Nick est également intéressant à sa manière. C’est plaisant de voir un garçon complexé concrètement sur son physique dans un cartoon. C’est souvent l’apanage des filles d’être soucieuses de leur apparence, et voir Nick lesé par sa grande bouche et sa petite taille, ça sonne vrai quand on est un garçon qui devient pubère, qui réalise son nouveau potentiel d’être humain sur le marché de la séduction et qui se rend parfois compte qu’il ne rentre pas dans le moule. L’amourette avec Jessi remplit, en cela, des clichés du genre mais avec une meilleure approche, due au sujet de la série, notamment quand le second épisode aborde de plein front la pression de groupe concernant les couples. Jay est… une énigme et je ne suis pas sûr qu’il soit utile en quoi que ce soit. Non vraiment, j’ai eu énormément de mal à m’intéresser à ce personnage qui pour moi était une perte de temps dans l’ensemble. Oui, même sur la fin. Il apporte, qui plus est, très peu d’eau au moulin général. Je ne sais pas si le coup de l’oreiller c’est un truc commun chez les garçons pubères mais personnellement…

Côté cast secondaire : Gros moins sur les familles des garçons. Les parents de Nick sont A-TROCES et n’auraient mérité qu’un épisode (le pilote m’a suffi, merci) et pas de réapparaître sur d’autres épisodes avec autant de temps d’écran, surtout pour ressasser des commentaires gênants. Qu’ils aient une vie sexuelle épanouie et libérée, soit, qu’ils en parlent trop librement devant leur enfant, soit, que ça étende ses complexes, oui. Mais c’est tout ce qu’on voit d’eux, et leur première apparition suffit, en fait. Je suis par contre ravi de voir que son frère et sa sœur ne sont pas clichés pour un sou, et l’épisode de la fête rend très bien cet état de fait. Utiliser la sœur du personnage principal pour introduire le concept de consentement était d’ailleurs une excellente idée, et, bien que le message soit asséné de façon peu subtile, ce manque de subtilité est au bénéfice d’un message vital : si la fille ne veut pas, elle ne veut pas et il ne faut sous aucun prétexte la forcer. Très bon point pour ça, et aussi pour les réactions horrifiées d’Andrew et Missy qui ne sont pas exagérées du tout. C’est une réaction normale dans une telle situation, et bravo pour ça, Big Mouth.

Les parents d’Andrew sont également horribles, gros cliché de parents juifs, j’en avais marre du rapport malsain du père aux Coquilles St-Jacques au bout de la première mention. La famille de Jay, bien qu’assez réaliste, était également gênante à regarder. En fait, l’humour de la série est déjà assez cradingue qu’ils ont senti qu’ils devaient en rajouter, alors que… pas du tout. Un peu de réalisme côté parents aurait été sympathique. Bizarrement ce réaliste a été laissé aux parents des filles. Les familles de Jessi et Missy sont plus concrètes et aident bien plus à la construction de la série que ces familles gaguesques et peu utiles dans l’avancée des choses.

A l’inverse des Hormone Monsters.

C’est à mon sens une des meilleures idées de ce cartoon, « concrétiser la puberté » par une apparition monstrueuse. Et c’est assez au point : Le Hormone Monster mâle est poilu et frustre ; Grossier, il est en quête permanente de sexe et de situations à caractères sexuels, pleinement orienté vers l’exploration. Sa voix est éraillée, et il n’a aucune gêne en rien sur rien. Si son humour est du touché coulé (notamment sur les cold-openings où c’est très souvent du coulé), ses interventions sont souvent judicieuses, et d’un point de vue métaphorique il est souvent très pertinent dans sa représentation des pensées des personnages. La Hormone Monstress est absolument géniale : Elle apparaît moins que le mâle, mais ses apparitions sont infiniment plus pertinentes et plus représentatives des tourments de Jessi. Elle approfondit complètement le personnage et l’accompagne avec talent dans ses mésaventures. Je suis assez stupéfait de l’approche de la série concernant la puberté féminine, c’est tellement nouveau et intéressant de voir un cartoon enfin parler de Règles, de Friendzone, de consentement, de manière aussi frontale, et la Hormone Monstress est toujours de bon aloi, jamais gênante, jamais envahissante (ce que le Hormone Monster peut être parfois), bref elle apporte quelque chose de nouveau et de frais dans le monde un peu stagnant du cartoon de ce genre.

Autres personnages qui auraient mérité plus de développement et plus d’attention : Devon et Devin, Lola, le gamin en fauteuil roulant et l’excellent Matthew qui, si saison 2 il y a, mériterait bien son propre épisode, voire qui aurait bien mérité de prendre la place de Jay dans le cast principal.

On passe au mauvais. Malheureusement, il y en a.

L’animation, d’abord. Les personnages sont assez moches, dans ce style cartoon typique « yeux globuleux, visages simples » à la Family Guy, ce qui catalogue la série pas très loin et ce qui range ses ambitions dans le… pas loin. Les scènes osées sont rares mais pas forcément gênantes, ce qui est gênant c’est plus le rapport de la série à sa mystique. Certains personnages peuvent voir le Hormone Monster, d’autres non et ça n’est jamais vraiment fixé. Je suis également trrrrrès dubitatif quant à l’utilité du fantôme de Duke Ellington qui n’est jamais drôle, mais pas forcément gênant, juste chiant, et qui peut être vu par plusieurs personnages différents ce qui… est étrange, là encore. Celui qui est gênant, qui ne veut pas disparaître, qui semble être très apprécié des créateurs de la série mais qui ne passe VRRRRAIMENT PAS, c’est Coach Steve.

Coach Steve a toujours son petit subplot merdique dans chaque épisode, et c’est TOUJOURS chiant. La seule fois où il m’a fait rire c’est pendant la Bat Mitzvah de Jessi quand il fait de références odieuses à l’Holocauste sous couvert d’annonces du programme de la soirée. Oui, j’ai… un humour bizarre. Mais là n’est pas la question, ce personnage ne sert à rien du tout, il n’est jamais utile ou drôle, il est un embarras pour cette série et j’espérais à chaque épisode qu’on ne voie pas sa sale gueule. Bordel, il nique complètement le premier épisode avec sa chanson débile, après il a cette histoire encore plus débile de conjonctivite, ensuite cette histoire d’amour idiote avec cette femme qui le prend pour un handicapé mental, mais bordel ! Il n’apporte rien du tout à rien, il n’a aucun contact avec le cast principal et son seul intérêt est de voir Matthew lui faire un deuxième trou du cul à coup de piques assassines. Non vraiment, Coach Steve est le fardeau de cette série. Si la saison 2 veut être meilleure que la saison 1, elle doit éradiquer ce personnage sans ménagement.

Elle doit aussi mieux maîtriser son type d’humour. La série parle de puberté, c’est vraiment nécessaire de pousser l’humour dans le vulgaire ? Vraiment ?! Alors qu’en maniant plusieurs types d’humour elle aurait tellement gagné plus. J’approuve la capacité de la série à aborder avec honnêteté les sujets ayant trait à la puberté, mais cet espèce de besoin de pousser dans le cradingue plombe la série plus qu’elle ne l’avantage. Et c’est dommage, il y a le terreau pour que ce soit bon, voire excellent. Mais il y a clairement des éléments à écrémer (les références à Netflix en mode « Simpsons vs La FOX » qui sont… pathétiques, ou les bris du 4ème mur, genre la série découvre qu’elle peut s’adresser aux spectateurs et fait genre « HEY. HEY, on peut s’adresser aux spectateurs, c’est drôle, haha » sauf que… non.), voire à gazer (Coach Steve).

J’ai aussi un souci avec le fait que la série exploite très mal son statut de série Netflix, elle a un usage très limité de la continuité alors que ça pourrait carrément la servir, mais là ça fait très cartoon pitché pour la Fox qui a été passé sur Netflix juste après.

A regarder si vous voulez voir un exemple typique de série qui veut traiter d’un sujet, le fait bien mais se perd dans les clichés du genre auquel elle aspire et peine à s’en extirper.

Episodes notables :

- Le second qui explore intelligemment les règles

- Le troisième, ne serait-ce que pour la chanson qui est excellente

- Le cinquième quand Jessi veut mettre un soutien-gorge affriolant, doit faire face aux regards des autres sur elle, qui s’aperçoit qu’elle ne peut pas les gérer, et doit subir les avances lourdingues de Jay qui dit qu’elle « envoie des signaux », et Jessi lui explique sans fard, clairement, qu’elle n’a envoyé aucun signal et qu’il n’a aucun droit sur elle tant qu’elle ne l’a pas autorisé à rien. Quand je vous dis qu’il y a du bon, sous cette couche de dégoûtant !

- Le huitième, le coup de la fête, avec cette histoire de la sœur de Nick qui refuse une fellation à un type et se fait limite humilier pour ça, jusqu’à ce que les autres personnages aient le courage d’être derrière elle et de la soutenir plutôt que de faire du « shaming ».

- Le neuvième, même si la chanson essayait un peu trop de faire genre « Toute cette saison avait du sens alors que pas tant que ça », il y avait suffisamment de moments drôles et une conclusion intéressante à l’arc de Jessi pour rendre l’épisode solide.

- Le dixième. La saison aborde le porno hétéro bien après le porno homo, ce qui… est étrange, et dans son dernier épisode ce qui est… étrange aussi.

Note Saison : B-