The_Walking_Dead_150_000

 

Attention, cet article spoile le numéro 150 de Walking Dead et donc en parution française, le contenu du volume 25 à paraître.

... m'enfin vous vous en doutez un peu quand même, je suppose...

Comme pour South Park il y a un bail, la perte de mon forum fétiche pour commenter les numéros de Walking Dead chaque mois m'oblige à créer ici un espace de liberté et d'amour pour exprimer mon avis, d'autant que ce cher forum a eu la merveilleuse idée de se disloquer après le magnifique numéro 149 et donc, juste avant le 150. Well.

Un numéro 150 qui a provoqué, au moment de la sortie du spoiler hier, des réactions déçues, similaires à All Out War. Quand on vous annonce, effectivement, de but en blanc, que dans ce numéro il y a juste un banal attentat et que Rick décide de partir en guerre, il y a de quoi être un peu deg. J'étais moi-même en mode "quoi, c'est tout ?!".

C'était sans compter sur deux choses. Tout d'abord, l'écriture des dialogues de Kirkman reste absolument divine, riche, crédible. Je ne renonce jamais à lire les bulles et à me les lire à voix haute dans ma tête. C'est du tout bon et ce depuis le tout début, ça n'a jamais varié, la grande force de Walking Dead, c'est l'écriture de ses dialogues.

J'allais dire l'écriture tout court, mais All Out War est passé par là. Je ne reviens pas dessus. Je reviendrais peut-être dessus si je me mets à faire comme South Park. Dieu m'en préserve. On dit ça-on dit ça.

La deuxième chose c'est le dessin et notamment sur ce numéro sa cinématographie. Si le numéro 150 n'est pas sans quelques maladresses au dessin (La foule criant "Rick Grimes" doit être la double page la plus foireuse de Walking Dead jamais dessinée), c'est une réussite en termes de "cinématographie". Je m'explique : Rien, en termes de péripéties, ne justifie que le numéro soit plus long. Il s'agit juste pour Kirkman de bien terminer son volume 25 (qui se sera avéré décidément très politique) et pour Adlard de dessiner très exactement ce qui se passe, avec toute la liberté possible. Les trente pages sont exploitées à la perfection. Pas aussi bien que pour le numéro 127 et pas aussi machiavéliquement (ça se dit ?) que pour le numéro 100, mais juste pour accentuer l'aspect presque biblique des évènements.

Résumons un peu le déroulement de tout ce schmilblick.

Précédemment dans le tome 25. Alpha, cheftaine des Chuchoteurs (c'est le nom français je crois) a un peu surréagi en coupant douze têtes et en les mettant sur des piques pour créer une jolie frontière. Seulement sur les piques en question, il y a des gens que tout le monde aime bien, des innocents, des femmes enceintes et des chefs de clan. L'attentat choque toute la population qui crie vengeance en toute logique parce que - on est bien d'accord - ça s'fait pas. Mais Rick, il hésite, il a un peu beaucoup morflé, il a peur que tout ce qu'il a créé à la force de sa moustache ne s'effondre. A ce titre, le numéro 145 faisait un excellent travail d'introduction à ce qui allait nous attendre dans ce volume. Parce que si le volume 23 prouvait que Maggie, même victime d'une pitoyable tentative de meurtre par le plus pitoyable des terroristes, était une badass en politique, le volume 25 prouve que Rick, lui, aime un peu trop ça et aime surtout le jeu que cela constitue.

Dans ce volume 25, Rick doit agir et vite parce que sa population s'énerve un peu beaucoup, et son comportement raisonnable (de lopette) est motivé par son passé. Un passé que beaucoup de ses concitoyens (ne connaissent pas) ont un peu oublié à force de vivre dans le luxe et dans le confort. Avant, c'était dur. On en a chié, tous. L'apocalypse ça craint, les zombies, les situations folles entre les dingues qui veulent nous tuer et les morts qui veulent nous bouffer, personne n'est à l'abri etc. Maintenant tout le monde est à l'abri et du coup, tout le monde s'excite pour un rien (Et c'est là qu'on dit "Eugène, magne-toi de réinventer la télé")

Si ce volume 25 n'était pas exempt de défauts (La radio d'Eugène a.k.a le fusil de Tchekov le plus obvious ever, et Lydia qui est devenue absolument insupportable au point que son sort me laisse absolument indifférent), force est de constater que son final est particulièrement réussi. Depuis le début, Rick insiste : On. Ne. Tue. PAS. Quand il apprend que Maggie a exécuté Gregory, les deux se foutent sur la gueule. Rick s'énerve. Sale pouffiasse, tu mets en danger toute la communauté. Mais quand Rick tente de prendre une décision pacifique, la foule en délire se fout sur la gueule à son tour. Brianna a bien senti la tournure des évènements dans le numéro précédent il me semble.

Dans ce numéro 150, alors que Rick prévoit en douceur la création d'une milice armée suite aux conseils de Negan - une scène absolument mythique, mais dès que quelqu'un descend voir le petit Negan, ce comics devient magique - deux citoyens "lambda" et encapuchonnés décident d'attaquer Rick pour lui faire peur et l'obliger à partir en guerre contre les chuchoteurs. L'attentat en question se déroulait bien jusqu'à ce que les visages ne se découvrent. Le mari de Tammy et le père de Josh. Le premier est un beauf violent de première. Le second juste un père en deuil. Cela dit, l'attentat est particulièrement bien justifié. Comme le dit le beauf : Il a perdu sa femme. Alors que jusqu'à maintenant la vie était belle et confortable, un danger les menace tous, et une fois de plus on accuse Rick, cette fois parce qu'il ne réagit pas - un comble - de mettre en danger la vie de ses concitoyens. On se rappellera de Nicholas qui accusait grosso modo Rick de les faire travailler à construire un monde meilleur. Rhalala, les beaufs, hein !

Seulement le beauf ne connait pas Rick-le-taré qui se réveille, et là, croyez-moi que, attaqué comme ça par deux moldus sans intérêt, le "On. Ne. Tue. PAS." de Rick, bah il vole en éclat, et Rick nous refait le coup de "allez, j'te mange la jugulaire". Le beauf meurt, le père de Josh voit quel taré effroyable leur chef est, il se barre en courant. Rick perd conscience, baignant dans le sang de son agresseur.

La suite est merveilleuse. Rick est trouvé et une fois soigné, il décide d'apparaître devant ses ouailles, tuméfié et couvert de sang. Rick embrasse complètement son rôle de chef autoritaire. Sa politique n'a plus de sens, à présent. Il n'est plus qu'une image, qu'un symbole. Il explique aux autres qu'il avait peur, qu'il voulait la jouer calme, mais qu'en voyant que son peuple avait décidé de s'en prendre à lui, donc que son peuple s'attaquait lui-même, il s'est dit "bon bah ok, si les chuchoteurs veulent nous diviser, on va les niquer". Dont acte. Il pardonne à son second agresseur dans une scène hautement christique où Rick donne l'absolution et se pose en chef ultime du monde entier. Depuis le saut dans le temps, on sentait que Rick était l'autorité, mais une autorité relax, avec quelques montées d'adrénaline, des poussées de fièvres dues à... son caractère de merde. Mais là, Rick endosse complètement les conseils de Negan : Mène-les à la baguette, déforme la vérité, manipule ton troupeau, tiens-les par la peur.

Et à ce titre, la réaction finale de Negan est juste priceless.

Etre déçu par ce numéro parce que "hin, pas de morts importantes, hin", c'est ignorer complètement les enjeux de Walking Dead à présent. La civilisation post-apocalyptique se reconstruit peu à peu. Tout cela est très fragile. Alors que Rick tente de tout refaire "comme avant", tout se ligue pour fragiliser cet état de fait. En tant que leaders, Rick et Maggie ont une responsabilité vis-à-vis de leur peuple. Maggie avait tenté une approche pacifiste et diplomate, mais Carl a laissé ses hormones prendre le dessus en voulant aller récupérer l'autre jambon (je vous préviens, je détese cette petite pimbêche de Lydia) et Rick, à l'inverse, s'est avéré agressif et méprisant envers les Chuchoteurs. Alpha se pose en "humain sauvage", prônant la loi du plus fort. Je survivrais parce que je suis forte. On remarquera que les Chuchoteurs apparaissent à peine dans ce numéro. Comme ils l'ont très bien indiqué, ils ne veulent rien de ce que possède la communauté, juste qu'ils les laissent tranquilles. La guerre qui se prépare, ils l'ont montée en sauce d'eux-mêmes. Les douze têtes, c'était une réaction de peur - comme l'a dit Lydia - non pas une déclaration de guerre. Cela ne rend pas l'acte moins ignoble, mais il faut le comprendre pour ce qu'il est.

A la rigueur le seul vrai défaut de ce numéro, comme pour All Out War, c'est d'avoir été vendu comme un numéro exceptionnel, comme le numéro 150 ultime de sa mère qui tue. Mais ça, c'est la faute de la communication hystérique autour de Walking Dead - merci la série.

Une nouvelle guerre se prépare, motivée par la peur et la haine de l'autre. Forcément, tout cela va très bien finir. Si la guerre contre Negan était soulevée par de justes motivations, celle-ci est gratuite et motivée par la peur du peuple. Rick dit qu'il ne veut pas revivre ce qu'il a vécu avec Lori et Judith.

Il est pourtant en train de se comporter comme leur meurtrier, le Gouverneur, qui voulait les ressources de la prison, et a manipulé son peuple avec de grands effets de scène pour les pousser dans une bagarre sanglante et stérile qui n'a mené qu'à la désolation et au malheur.

 Quelque chose me dit que ça ne va pas se passer comme sur des roulettes...