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“Did I mention that I am a food critic for Yelp ?”

La police du politiquement correct a fait son travail. Herbert Garrison est en lice pour les primaires à la présidentielle. Afin de redorer son blason, la ville a cherché à améliorer son image en montrant bien à la face du monde qu’elle était progressiste et tout et tout.

En toute logique, ce sont désormais les habitants de South Park qui veulent absolument montrer qu’ils comptent, eux aussi. Critiquer sur Internet est facile : Protégé par l’anonymat tout relatif qu’il procure, les gens se sentent presque importants. Ils considèrent que leur avis compte, qu’ils sont devenus des critiques à part entière. Pour autant, ça n’est pas le cas.

Et leurs critiques ne sont pas vraiment lues. Personnellement je ne me fie pas aux critiques des clients pour choisir un restaurant. Pourquoi ?! Mais parce que n’importe qui peut tomber sur un mauvais jour, un serveur mal luné, un jour où tout n’est pas en ordre, où une erreur est commise… Ce sont des choses qui arrivent ! Faites l’expérience avec un endroit où vous avez vos habitudes. Les commentaires négatifs n’ont souvent RIEN A VOIR avec votre expérience du lieu. Pourquoi ? Parce que ces commentaires prennent des expériences individuelles comme des généralités. La pédanterie et le caractère hautain de ces commentaires est parfois à gerber. Les gens se délectent d’avoir mal bouffé dans un resto, rien que pour aller cracher dessus sur Internet. C’est minable !

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Le snobisme et la prétention populaire sont de grands sujets d’amusement pour Parker et Stone qui se gargarisent souvent de l’égotisme sous ses diverses formes. La multiplication de restaurants à South Park transforme une partie de la population en pseudo-critiques culinaires, se croyant investis d’une mission divine : Commenter un restaurant et lui donner une note afin que les autres utilisateurs, pauvres louveteaux perdus dans la nuit, sachent à quoi s’attendre.

Je déteste ce genre de personne. Etant moi-même en bas de l’organigramme d’une entreprise, à un poste de service vis-à-vis de mes collègues, rien ne m’insupporte plus que ces gens qui croient avoir du pouvoir sur des personnes qui sont à leur service. Le client est Roi, mais les rois, je suis désolé, on les décapite.

L’épisode faisait un excellent travail pour décortiquer ce système de « je commente donc je compte donc faites attention à moi parce que je suis important » qui, s’il n’est pas courant, n’est que l’expression extrême d’un phénomène social réel. Les gens commentent tout (cf les deux derniers épisodes de la saison 18) et du coup tout le monde se sent obligé de faire attention à toutes les sensibilités ou de prendre garde à ne pas s’attirer les foudres des commentateurs. C’est idiot, et la réaction de Willy le siffleur est juste jouissive. Critique Culinaire est un métier précis qui décide ou non du prestige d’un établissement (avec des résultats parfois dévastateurs). Si tout le monde joue à ça, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Et l’épisode montrait parfaitement cela, en plus de mettre l’accent sur l’égo immense des critiques de Yelp.

Outre Cartman qui se sent investi d’une mission divine, Gerald se sent presque être un poète et le sergent Yates, quant à lui, est en pleine enquête pour informer la population sur les bons et les mauvais restaurants. Si ces trois intrigues marchaient plutôt bien, elles étaient cependant répétitives (au moins pour les deux suivantes), et même si j’adore Yates et si je suis ravi que Gerald prenne la place de Randy, n’empêche que leurs scènes étaient bien redondantes.

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A l’étonnement général, la palme du personnage de la semaine revient à… un tiers. Qui, j’espère, va rester, parce que son action sur l’épisode était vraiment intéressante.

David, donc, est le fils d’un restaurateur mexicain victime du harcèlement de Cartman qui, sous prétexte de pouvoir infliger ou non une mauvaise critique au restaurant de son père, l’oblige à jouer son petit jeu, sous prétexte d’être un client-roi avec le Saint-Pouvoir de la Critique. Les actions de David conditionnent l’épisode. Quand il se rebelle, c’est que les Yelpers ont été trop loin, que les restaurateurs se rebellent. Quand il se soumet, c’est que le Yelpeur décide, qu’il a gagné, qu’il a le contrôle. Pourtant, au cours de l’épisode, il évolue, il apprend de son adversaire, et ce développement va complètement porter l’intrigue de l’épisode, et rendre la résolution totalement solide. Le fait qu’il soit concerné à la fois directement et indirectement donnait un poids à son histoire. Et j’ai beaucoup aimé le fait qu’il ne soit pas « du Mexique » mais de l’Idaho. Un petit coup de pied aux stéréotypes…

L’obsession des gens pour leur avis et son importance est quelque chose qui grandit sur Internet, et quand il empiète sur la vie réelle, c’est là que notre société a un problème. Internet a changé le monde, il a révélé le meilleur de nous et le pire. Il nous donne l’impression d’être des exceptions. La solitude devant un écran est aussi immense que le sentiment de supériorité qu’il provoque.

J’ai été sur Yelp rien que pour voir. Extrait d’un commentaire sur la page d’accueil :

« Jeudi 15 octobre 2015, promenade dans le chinatown Parisien pour découvrir l'empire des thés. Cette journée plutôt sombre et froide ne se retrouvait pas à l'intérieur. On y découvre une ambiance chinoise très particulière.

L'odeur qui règne dans le magasin vous incarne dans les champs de thés. On peut également sentir chaque parfum (environ une cinquantaine de variétés de thés exposés). »

J’imagine juste parfaitement le type dans le salon de thés qui réfléchit déjà aux métaphores qu’il va utiliser dans son commentaire. Juste Wow quoi.

A ce titre, la fin de l’épisode, quand le Maire remet aux critiques de Yelp une récompense symbolique pour leur « contribution », et la chanson génialissime qui s’ensuit, est tout à fait satisfaisante, et d’autant plus satisfaisante que c’est probablement le premier épisode de la saison dont la finalité est une victoire claire et nette du mauvais goût sur le politiquement correct, après trois épisodes où la série se laissait un peu faire. Une révolution est en marche.

Une révolution à base de crottes de nez et de sperme.

Les plus :

+ Satire de plus en plus méticuleuse de phénomènes sociaux modernes

+ Episode solide et bien mené

+ Le personnage de David

+ L’excellente chanson finale

Les moins :

- Légèrement répétitif

- J'avais demandé à point, c'est saignant

- Décor moche

- Après avoir vu cet épisode, j'ai chié tellement dur que j'ai cru qu'on me violait de l'intérieur

- En plus c'est quoi cette devanture de merde...

- Service pourri du cul

- "AH MOI JE SUIS GENTIL C'EST PAS MA FAUTE HEIN J'AI EU LA VOLKSWAGEN ! HAH !"

Note / 4 étoiles sur 5

Euh pardon B+

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